INCREDIBLE INDIA, mon voyage initiatique



Commencer notre tour du monde par l’Inde était pour moi un rêve.

Néanmoins c'était un rêve que j’appréhendais.


J’ai toujours eu une attirance pour ce pays, en raison de mon attirance depuis longtemps pour la Spiritualité, le yoga, la méditation. D'ailleurs, quand j’ai eu en tête, il y a 3 ans, de faire une formation de yoga, il était pour moi impensable de ne pas la faire en Inde, berceau du yoga. Comme c’était un voyage que j’entreprenais seule pour la première fois, je suis allée, par sécurité, là où les touristes allaient, c’est-à-dire Goa. J’étais dans un centre de yoga, avec seulement des occidentaux, donc comme première expérience de l’Inde c’était ce qui me convenait mais j’étais repartie un peu frustrée de ne pas avoir vu le reste du pays. Certes Goa a beaucoup de qualité mais ce n’est pas la vraie Inde. Et surtout, j’étais frustrée de ne pas avoir suivi mon envie, de ne pas avoir oser dépasser mes peurs. Je m'étais donc promis de revenir.

Mais pour être honnête même avec ce petit avant-goût indien et mon envie d’y retourner, le pas pour se lancer dans une véritable aventure backpacker en Inde n’est pas si évident à faire, même en étant en couple. Surtout qu’Alex lui n’avait pas tant que ça envie d’y aller ou du moins de commencer notre tour du monde par ce pays. Et moi malgré mes envies, je passais par des phases de doutes où se mélangeaient dans ma tête tous les préjugés sur l’Inde véhiculés dans les médias. On était donc remplis de peurs limitantes.


D’autant plus que tout le monde connaît cette phrase-type : « L’Inde, soit tu l’aimes, soit tu la détestes ». Donc avant même de faire le pas, on a eu peur de la détester et de vouloir vite la quitter.


Dans tous les cas, le billet était déjà pris avec un saut dans le vide de 8 heures, Paris-Delhi pour passer de notre confort parisien à l’inconnu indien ! Mais on espérait bien sûr que ce soit l'inverse et que ce pays se révèle à nous.


Et ce que je savais au fond de moi s’est produit : ce pays a été une belle et incroyable révélation qui m'a transformé.


J'avais donc envie de vous faire part en toute transparence de mes peurs du début, parfois très naïves et occidentales, de mes expériences, anecdotes vécues sur la route et des effets transformateurs que ce pays a créé en moi, tel un voyage initiatique.



Lâcher prise et rebondir



Avant de partir, on avait aussi lu beaucoup d’articles de blog relatant les galères pour voyager dans le pays, pour se déplacer, se renseigner, s’organiser etc

Et je confirme ! Voyager en mode backpacker en Inde n’est pas de tout repos ! C’est de l’organisation quotidienne, une débrouillardise à avoir et une patience à apprendre.

Mais par dessus tout, c’est adopter le lâcher-prise comme philosophie de vie !

Car que tu sois indien ou pas, les galères seront souvent là : le bateau s’arrêtera au milieu de nul part dans les backwaters sans que tu ne saches pourquoi et ce sera le terminus, le train aura plusieurs heures de retard sans qu’on te prévienne, l’électricité de ton hôtel sautera sans que tu ne saches quand ça reviendra, le bus ne passera pas finalement le jour où tu avais prévu de le prendre etc

bref, souvent rien de ce que tu as prévu ne se déroule normalement. Tu prends là donc exemple sur les indiens. Tu arrêtes de stresser, tu lâches prise et une solution, un plan B se présente à toi. Une solidarité entre les gens se crée. Des relations se lient, des échanges se font. Tu fais confiance alors à ce que l’Univers te présente. On a commencé le voyage en cherchant à être très organisés puis petit à petit on a lâché prise, on s’est organisé au jour le jour, en se disant que même si on n’avait pas encore d’assurance que tout ce qu’on avait en tête se ferait, on verrait bien ce que l'Univers avait prévu pour nous !



Tirer du chaos, calme et sérénité



N’aimant pas la foule, j’avais cette peur d’être continuellement entourée de trop de monde, d’être comme perdue, noyée dans la masse d’un milliard d’habitants et de ressentir des crises d’angoisse. Alors, oui, en débarquant à Delhi, j'ai pris une claque car ça fourmille de partout, les rues sont bondées, les routes sont embouteillées. Ça se bouscule, ça klaxonne, ça s’entasse partout. Il y a du bruit tout le temps et une ambiance d'apparence chaotique. Mais on s’habitue très vite, notamment en observant que tout se fait dans le calme. Ça paraît surprenant d’associer chaos et calme mais oui, j'ai ressenti ce calme dans le comportement des indiens. Ils font ce qu’ils ont à faire, ne s’engueulent pas, ne râlent pas et semblent tout simplement accepter ce chaos ambiant.

Tu ressens cette sérénité partout : que tu sois dans un train de nuit en dernière classe avec les innombrables allées et venues des vendeurs de nourriture qui s’annoncent en criant, peu importe l’heure de la nuit, que tu sois dans un bus bondé, sous la chaleur écrasante, dans une petite ville du Rajasthan, dans un musée peuplé de touristes indiens, sur une route de campagne embouteillée, sur un bateau dans les backwaters ou que tu sois dans un temple à faire du yoga à 6h du matin… en effet, il est très rare en Inde d’être au calme ou de trouver le silence. Par exemple, toutes les fois, où je me trouvais dans un endroit d’apparence calme pour faire du yoga et méditer, je me rendais compte qu’il y avait toujours un bruit de fond : télévisions, circulation, travaux, cérémonies… Donc plus qu’ailleurs, tu te tournes vers l’intérieur, tu respires, tu te déconnectes du bruit ambiant et surtout tu l’acceptes. En tout cas, je comprends mieux que le yoga et la méditation se soient développées dans ce pays et quelles soient si remises en avant par les jeunes indiens stressés des grandes villes. Car il faut une grande force intérieure pour tirer du chaos, calme et sérénité.

Voyager dans ce pays, c’est donc un bon entraînement à la concentration, à la pratique de la méditation, à la maîtrise de ses émotions, comme la colère et le stress qu’on pourrait facilement avoir, en Europe, dans ce genre de situation.



Face à la pauvreté, un retour à l’essentiel



J’ai été marqué petite par le film « La cité de la joie » qui se déroule à Calcutta, puis j’ai vu plus tard « Slumdog Millionnaire » ou vu les infos qui dépeignent bien trop souvent la pauvreté indienne ou qui rappellent que malgré sa modernité, l’Inde est classée comme faisant partie des pays les plus pauvres, avec environ 600 millions de défavorisés. Et n'ayant jamais été dans un pays aussi pauvre, je n’étais donc pas sûre d’être suffisamment forte émotionnellement pour faire face à cette pauvreté.

Mais j’ai vite compris qu’il ne s’agissait pas là de ma force mais qu’il s’agissait plutôt de la force des indiens à vivre, surmonter cette pauvreté. En tant qu’occidentale, il me fallait seulement les respecter, respecter leur environnement et m’habituer comme eux à ce que ça soit ainsi, malgré le choc émotionnel que ça puisse me faire.

On apprend ainsi à vivre avec des égouts à ciel ouvert, des rivières aux odeurs très nauséabondes, aux animaux déambulant dans les rues et maisons, aux enfants qui mendient, aux habitations faites parfois de bric et de broc, à la saleté et poussière des rues, aux coupures d’électricité, à la salle de bain qui se compose seulement d’un seau et d’une coupelle, aux nombreux déchets partout, toujours.

Bien sûr, il y a des disparités en terme de pauvreté selon les villes, les campagnes, les états, notamment entre le Nord et le Sud. Mais la pauvreté est présente partout.

On a été ainsi confronté pendant notre voyage aussi bien à la pauvreté en ville qu’à celle de la campagne: lors de nos voyages en train, en sortant des villes, on a traversé des bidonvilles où tous sont obligés de faire leurs toilettes et besoins aux bords des voies ferrées.

De même, lors de notre séjour chez un ami indien de Bangalore, on a vu qu’au pied de son immeuble, au milieu de ce quartier de classe moyenne, se dressaient des tentes de plusieurs familles très pauvres.

Tout comme on a passé le nouvel an dans un tout petit village dans le désert, près de Jaisalmer, sans eau potable, ni électricité, où les chèvres font partie de la famille, qui dort d’ailleurs à même le sol dans la petite pièce unique.




Et ce qui nous a surtout marqué, c’est que malgré toute cette pauvreté, on a observé une incroyable résilience des indiens dans leur acceptation là aussi que les choses soient ainsi, en se débrouillant, en survivant pour certains ou en revendiquant cette simplicité de vie pour d’autres.

Bien sûr, du fait des castes, beaucoup ne choisissent pas cette simplicité de vie et survivent en effectuant les tâches les plus basses qu’on leur autorise, comme balayer les rues. D’autres s’en sorte en créant des guesthouses modestes, des stands de street foods, des laveries ou autres.

Mais même les indiens de classe moyenne qu’on a rencontré nous ont semblé se contenter de peu matériellement, tout en pouvant s’autoriser à embaucher une cuisinière par exemple.

D’autres ont eux choisi la simplicité et la pauvreté comme un accès vers un monde immatériel et spirituel. C’est ce que pratiquent les sâdhus, principalement des hommes, qui se retirent de la société, vivent parfois en ermite, nomade afin de réaliser l'objectif de vie de tout hindou, le moksha, la libération, l'atteinte à l'Illumination.



Toute cette pauvreté et cette résilience observées, nous a amené à une forte remise en question sur notre mode de vie d’occidentaux. Avec ce voyage, on est littéralement sorti de notre zone de confort. On a appris à se contenter de l'essentiel, à se détacher encore plus du matériel, à n'utiliser que très peu d'eau pour se laver, à comprendre à quel point c'est un luxe d'en avoir et on a appris à trouver du Beau malgré tout dans cet environnement pauvre.

Comme un soir à Bundi, dans le Rajasthan, notre ville coup de coeur, où on était posé sur les marches de notre modeste guesthouse, juste à côté d’une petite décharge dans laquelle on a découvert un énorme cochon noir, qui à 5 mètres de nous était en train de faire son trou dans les déchets pour y dormir. Ça nous a fait sourire de nous rendre compte que la situation ne nous choquait pas et le lendemain, on a même trouvé ça attendrissant quand on a vu que chaque soir il revenait à son spot et devenait ainsi notre gros voisin très discret !

En tant que voyageur, on apprend à faire avec, à se dire qu’on ne peut pas changer la situation, à en tirer malgré tout du beau, du positif et de vraies leçons de vie pour faire évoluer nos mentalités et comportements d’occidentaux.



Apprendre de l'Autre



On a tous entendu dans nos médias que l’Inde est un pays dangereux, notamment pour les femmes. On a entendu des histoires de femmes indiennes agressées, des revendications et manifestations de celles-ci pour plus d’égalité, des manifestations qui tournent parfois en affrontements. On sait également que les religions et la politique sont de plus en plus conservatrices, que les tenues vestimentaires pour les femmes sont limitées, qu'il y a une frustration sexuelle liée aux dots de mariage difficiles à satisfaire, qu'il y a donc des mariages arrangés.

Bref, je suis partie avec toutes ces images en tête, avec de nombreux préjugés et donc avec la peur qu’il nous arrive quelque chose.

J’ai presque honte de constater maintenant que c’était la peur inconsciente de l’Autre tout simplement. Cet Autre qui vit dans un autre environnement que moi, qui a une autre culture, qui s’habille différemment. Or, on comprend très vite que cet Autre, c’est moi et que moi, c’est lui malgré toutes nos différences de base.

En 2 mois en Inde, on ne compte plus le nombre de sourires, de « hello », de demandes de selfies, de masala chai offerts, de discussions sur nos cultures respectives, de rires. Alors oui, on te regarde constamment, on te suit un peu parfois, on s’arrête devant toi pour t’observer mais une fois habitué, cela n’a rien de dérangeant, c’est juste une très grande curiosité qui amène aussi aux rencontres. On dit que la curiosité est un vilain défaut mais pour l'Inde, je trouve que c'est une belle qualité.



Un indien trentenaire rencontré à Gokarna, nous a confirmé que les indiens étaient très curieux et bavards car dit-il “Tu peux toujours apprendre du bon et du moins bon d'un inconnu.” En d’autres termes, qu’il y a toujours un enseignement à tirer en parlant avec quelqu’un.

Et j’ai adoré cette philosophie, cette manière de voir l’Autre.

En étant voyageur, tu as ce sentiment qu’il ne faut jamais baisser la garde, qu’il faut être toujours vigilant mais en Inde, on a appris à plus faire confiance qu’à l’ordinaire.

J’ai de nombreuses anecdotes qui en témoignent mais je n’en raconterai que les plus marquantes :

A Agra, j'ai été invité, alors que je passais devant une maison, à y entrer et à danser avec les femmes de la famille qui célébraient entre elles un futur mariage. On m'a gâté de pâtisseries et offert ce moment sans rien attendre de ma part, ou peut-être juste sourire de me voir m'essayer à leurs danses !

Egalement, lors de notre premier train de nuit, en dernière classe, on a été pris sous l’aile d’un vieux couple avec qui on a longuement discuté et qui ont même tenus à nous offrir le dîner en nous disant qu’on était leurs invités, alors qu’on était dans un train !

De même, lors d’une excursion à une cascade, on a rencontré une famille indienne avec qui ont a fait à leur demande pleins de selfies puis sur le retour en rickshaw, ils nous ont d’abord dépassé, puis ont fait signe de nous arrêter pour nous offrir des fruits, là aussi, sans rien en échange.

On a également passé plusieurs jours chez Som, un jeune indien avec qu’on avait rencontré dans le désert du Rajasthan et qui nous a invité chez lui à Bangalore. Là aussi sa générosité et celle de ses amis fût exemplaire.



Et pour finir, la plus belle rencontre et confiance en l’Autre que j’ai eu fût avec Gourav :

on a rencontré cet homme à Bundi quand on marchait au bord de la route dans une direction qui devait sûrement ne mener à rien. Il s’est arrêté en moto, nous a offert le plan de sa ville, nous a conseillé des endroits à visiter et nous a invité à faire du yoga dans son temple. Le lendemain, après ce premier cours de yoga qu’il nous a donné, il nous a embarqué à la découverte des environs. Le surlendemain, ayant plus confiance, je suis retournée seule à son cours et après celui-ci, il a tenu à m’emmener sur le site le plus photogénique de sa ville pour que je puisse y faire des photos de yoga pour mon site, alors que je ne lui avais rien demandé. Je me suis ainsi retrouvée seule avec lui et son ami en train de faire des salutations dans un temple abandonné au milieu d’un terrain vague et à rire de nos exploits vidéos.