10 jours de silence




Le 1er mars 2019, je débutais une retraite de méditation de 10 jours dans un monastère bouddhiste thaïlandais : Suan Mokkh.

Pour être honnête, j'ai mis beaucoup de temps à vouloir partager cette expérience très personnelle et transformatrice. J'avais besoin de digérer cette expérience, de réaliser qu'elle avait bien eu lieu, de voir l'impact sur mon nouveau Moi intérieur.

Aujourd'hui, 1 an après, je suis enfin prête !


Tout d'abord, laissez-moi vous relater notre chemin jusqu'à Suan Mokkh car cette expérience n'est pas arrivée par hasard dans notre tour du monde.


Avant de voyager et bien qu'Alex n'est jamais vraiment médité, on avait déjà parlé ensemble de l'envie de profiter de notre voyage et de notre temps pour faire une telle retraite. L'Univers a alors répondu à cette envie en nous envoyant des signes. Pour être plus précis deux voyageurs rencontrés au hasard en Inde, nous ont tous les deux recommandés cette retraite quand on leur disait aller en Thaïlande après notre séjour en Inde. Nous avons donc décidé d'écouter ces signes et le mois suivant commençait alors cette expérience à Suan Mokkh.

(D'ailleurs peut-être que cet article est le signe que tu attendais...)


Mais avant de me lancer dans un partage très personnel de mon expérience, j'aimerais clarifier certains points pour ceux qui se demanderaient s'il s'agit d'une retraite Vipassana.

Non, cette retraite à Suan Mokkh n'est pas considérée comme une retraite Vipassana, bien qu'elles soient toutes les deux des retraites de méditation, en silence, d'une durée de 10 jours et bouddhistes. Elles n'ont pas les mêmes fondateurs, Goenka pour les retraites Vipassana et Buddhadhassa pour Suan Mokkh. Celle proposée à Suan Mokkh se base sur la méditation Anapanasati et considère que le concept de Vipassana qui est l'observation des sensations physiques, est partie prenante de toute méditation. A travers mes recherches sur les retraites Vipassana, je dirais surtout que la plus grande différence serait que la retraite Vipassana se concentre sur une pratique assise pendant plusieurs heures d'affilées alors que celle proposée à Suan Mokkh considère toute activité comme une méditation et intègre donc au planning des temps de marche, de Qi Gong, Yoga, chants...

A mon sens, cette approche permet d'ouvrir la méditation à plus de monde, notamment aux débutants et surtout de l'intégrer plus facilement à sa vie de tous les jours.


Il y aurait tellement à dire sur le sujet que je prévois de vous partager ce que j'ai appris sur la méditation Anapanasati et le bouddhisme dans de prochains articles.


Mais ici, j'ai plutôt envie de partager avec vous des extraits de mon carnet de bord que j'ai tenu pendant la retraite. De manière simple et directe, j'y relate mes aléas physiques, mentaux et émotionnels par lesquels je suis passée pendant cette retraite.

Et il y en a eu pas mal !


Je pense que ce partage personnel sera utile à ceux qui auraient envie de vivre une telle expérience mais seraient encore bloqués par certaines peurs.



Extraits de mon carnet de bord


J -1

Découverte du centre de Suan Mokkh, des différents espaces de méditation. Nature présente. Arbres majestueux dont un magnifique Banyan Tree qui me fascine.

Entretien d'inscription pour connaître les raisons de ma venue. Proposition de la volontaire de me nommer professeur de yoga du groupe des femmes. Refus en expliquant avoir besoin de me reconnecter à moi-même avant de pouvoir guider les autres.

Engagement pris de laver deux fois par jour le sol d'un des espaces de méditation.

Choix avec Alex de nos emplacements dans le grand hall de méditation. Chacun de part et d'autre de l'allée centrale qui sépare les hommes et les femmes. Besoin de se rassurer et de se soutenir mutuellement en sachant l'autre pas loin.

Premier rassemblement collectif pour faire voeu de silence, de respect des règles du monastère et du centre.

Voeu de ne plus regarder Alex pendant 10 jours. Voeu de se connecter à sa vraie nature, de se détacher de l'égo, du confort, du matérialisme, de la société, des technologies.

Voeu d'accepter l'inconfort, la souffrance et de les dépasser.

Premier repas collectif en silence avec l'agréable sensation de ne plus entendre les gens parler pour ne rien dire!

Une voix intérieure diabolique s'imagine rompre le silence en hurlant à tue-tête

S'endormir dans ma cellule individuelle, très rudimentaire. Je m'y sens déjà bien. Je n'ai pas le choix que celui de dormir tel Bouddha, couchée sur un oreiller en bois...




Jour 1

Nuit très agitée. Réveil à 4h au son d'une cloche.

Ambiance mystique dans le hall de méditation éclairé à la bougie. Talk sur le pouvoir de se lever à 5h du matin.

Pratique du Qi Gong au lever du soleil tout rose, les pieds dans le sable en se balançant à gauche et à droite. Très agréable.

Méditation matinale dans le grand hall en m'appropriant mon espace dans le sable.

Marche matinale autour de l'étang et premiers étirements.

Discours et méditation guidée par le moine supérieur du monastère. Présence majestueuse de ce grand homme de 87 ans, dans sa toge orange, à l'anglais attendrissant.

Difficulté de respecter la règle de ne pas regarder Alex, de ne pas savoir ce qu'il vit, lui qui n'a jamais médité. Se rassurer car l'Amour est au-delà des mots.

Premiers chants en Pali, la langue de Bouddha. Belles sonorités de cette langue plus vieille que le latin. Ces chants en Pali exprimeraient les mots prononcés par Bouddha avant et après son éveil, ainsi qu'avant sa mort.

Méditation debout et guidée sur le lâcher-prise en faisant face à l'image de nos parents. Accepter leurs erreurs, le passé, les images et sentiments qui surgissent. Laisser aller. Pardonner. Aimer.

Bouleversement total. Laisser couler les larmes, en silence dans le hall de méditation, en contemplant le coucher du soleil.

Difficiles méditations du soir, concentration agitée mais ravie et soulagée qu'elles soient entrecoupées par une longue marche du soir. Procession mystique à la bougie, autour de l'étang, sous le ciel étoilé qui se reflète dans l'eau. Un contact puissant avec la Nature. Le Temps est suspendu.




Jour 2

Nuit agitée. Réveil par la cloche.

Décision de ne pas participer au cours guidé de Qi Gong pour préférer ma pratique individuelle de yoga dans un hall suspendu au-dessus de l'eau. Sensation jouissive de faire ma propre pratique, à mon rythme, au levé du jour, en intégrant de nombreux pranayamas.

Apparition du soleil rouge, rose, orange, pile dans l'axe central de l'étang et de son îlot, avec la brume mystique de l'étang. Moment de gratitude.

Découverte du concept bouddhiste de la Dukha, la souffrance.

Discours de motivation d'un méditant-encadrant : c'est à notre portée. Il faut continuer, s'entraîner, ne pas désespérer et accepter la difficulté. Quand le mental nous égare, revenir toujours à sa respiration, la plus longue possible.

Marche méditative guidée par une autre encadrante. Moment très poétique avec décomposition en slow motion du pas, de l'articulation pour percevoir tous nos ressentis.

Croiser Alex dans le parc et se faire un signe discret pour savoir si l'autre va bien.

Nouvelle méditation guidée sur l'Amour, la famille. Apprendre à s'en libérer. Toujours un moment fort. Accepter les larmes.

Expérience de mon premier bain en source chaude. Beau rendez-vous quotidien entre femmes. S'immerger en sarong dans une eau à 40°, au coucher du soleil, sous la jungle. Nager en silence. Echanger des sourires. Espace de confiance, sans jugement, où tous les types de corps sont là et las des heures de méditation.

Rencontre très forte avec le moine "sous-chef" qui est arrivé, s'est assis, a sonné la cloche et à méditer pendant 1 heure sans prononcé un mot, ni bouger. Ressentir son énergie et sa paix intérieure. Beau moment de méditation.

Méditation du soir "en progrès" en me concentrant sur les sons de la nature et les chants de moines au loin dans la campagne.

Ravie de découvrir que la marche du soir est un rituel quotidien. Grand sentiment de liberté. Envie de marcher très lentement mais accepte le rythme du groupe.

Lors de la deuxième méditation du soir, corps qui me lâche donc méditation en paschimottanasana.


Jour 3

Nuit toujours agitée. Réveil par la cheffe de mon dortoir... n'ai pas entendu la cloche !

Ecoute collective à la lueur des bougies d'un extrait du "Pouvoir du moment présent" d'Eckhart Tolle. Se dire que je suis bien au bon endroit car c'est le livre qui a changé ma conception de la vie.

Méditation matinale difficile car Alex n'est pas là.

Session de yoga très énergique à l'aube pour réveiller et booster mon corps qui a de plus en plus de mal à tenir assis, le dos droit.

Magnifique lever de soleil rougeâtre.

Talk du moine chef sur l'impermanence des choses. Tout est changement. C'est un concept bouddhiste qui m'inspire beaucoup.

Croiser Alex et voir dans ses yeux que ça ne va pas. Etre rassurée de savoir qu'il peut se confier à un encadrant qui trouvera les bons mots pour le guider et le convaincre de rester.

Nouvelle technique de méditation sur l'image mentale, censée apparaître d'elle-même. Très intéressante mais difficile car nécessite de suivre toutes les précédentes étapes de concentration sur la respiration. Dès que le mental refait surface, on doit reprendre à la première étape. Dès qu'une pensée me détourne de ma méditation, je m'applique à reprendre et reprendre toutes les étapes, encore et encore...

Session de marche méditative guidée. Impression de danser grâce à cette connexion pleine de fluidité entre la respiration et le corps en mouvement. Belle connexion au moment présent en observant la Nature: une feuille qui tombe, l'eau qui ondule, l'arbre qui se reflète dans l'étang

Premier rendez-vous entre femmes de questions écrites posées à l'encadrante. Chacune de ses réponses est d'une grande sagesse, intelligence et philosophie. Mesure la chance que j'ai d'être ici.

Douce et chaude routine qu'est la source chaude, telle une reconnexion à mon féminin sacré. Laver physiquement, mentalement et énergétiquement mon corps.

Commencer à prendre le coup de main pour me laver au lavoir avec un bol.

Contente d'avoir trouvé mon meilleur point de concentration, un ressenti physique à un endroit très précis au bord des narines. Test également réussi de méditer les yeux mi-clos en fixant une fleur jaune sur mon tapis.

Première méditation du soir réussie grâce à mes points de concentration.

Deuxième méditation du soir très difficile avec le corps qui accuse la fatigue des genoux et du dos.




Jour 4

Nuit toujours agitée mais réveil avec la cloche !

Méditation guidée matinale sur la clarté, la bienveillance et le laisser-aller.

Corps toujours douloureux donc pratique de yoga très douce pour étirer en profondeur mon dos, mes épaules et jambes.

Talk du moine supérieur sur l'impermanence, sur le corps qui vieilli et sur la mort inévitable. Apprendre à accepter la mort. Puissant.

Difficulté à suivre les enregistrements audio mais résumé très motivant par notre encadrant. J'aime énormément son approche de la méditation qu'il voit comme un training à faire et à refaire. Ses mots font du bien : on a les clés en nous, la Vérité est là, à nous de la faire émerger, exister et perdurer. On a le choix : celui de rester dans le passé, de se projeter dans le futur donc d'être toujours insatisfait ou celui d'être dans le ici et maintenant.

Green curry comme petit déjeuner, délicieux comme toujours, en observant une tribu de singes se chamaillant d'arbre en arbre.

Session de marche méditative individuelle à travers le parc. Rire intérieur en observant tout le monde se mettre en slow motion, tels des zombies.

Profiter de cette marche pour observer les fourmis, toucher les arbres, ramasser des fleurs et feuilles tombées et me créer un mandala naturel pour mon tapis de méditation.

Méditation avec concentration qui saute. Parfois difficile de percevoir mon point de concentration au bord des narines. Fatigue physique. Mental qui dit d'arrêter mais se rappeler qu'il s'agit d'un entraînement, d'un exercice à reprendre indéfiniment. Ce n'est pas un échec.

Larmes toujours présente lors de la méditation sur l'Amour.

Craquage total lors de la deuxième méditation du soir... Impossible de rester en silence. Besoin de m'isoler dans la nuit noire. Et découvrir enfin ma Vérité. C'est une vraie révélation pour moi. Je m'autorise enfin à me révéler des sentiments que j'enfoui depuis toujours. Je mets des mots sur des choses très inconscientes qui expliquent celle que je suis. J'aimerais faire la paix avec tous ces sentiments mais pour l'instant il me faut accueillir tout simplement et accepter cette instabilité émotionnelle.



Jour 5

Nuit d'une traite car les larmes m'ont mis KO. Réveil avec la cloche.

Fière de me dire que je suis déjà à la moitié de la retraite, que je tiens bon, tout comme Alex, alors que beaucoup de personnes sont déjà parties. Me demande quand même si je vais réussir à aller au bout.

Thème matinal sur le juste milieu à trouver en toute chose et action.

Yoga réparateur. Lever du jour nuageux renforçant l'ambiance mystique de l'étang.

N'ai pas eu envie d'aller dans le hall de méditation pour rester contempler le jour se lever mais rappel qu'il faut respecter les règles du monastère.

Méditation guidée avec humour par le moine sous-chef sur l'Amour. Impression d'être au bord des larmes à chaque instant depuis ma révélation intérieure.

Première fois où j'ai adoré nettoyer le sol car ai tourné toute mon attention sur cette activité.

Nouveau craquage pendant le déjeuner. Besoin de m'isoler dans ma cellule.

Retrouver le sourire grâce à un mot doux d'Alex qui semble comprendre ce que je traverse. Oui, on a enfreint une règle... mais ça a illuminé ma journée.

Session questions écrites - réponses entre femmes : elle rappelle qu'il faut persévérer encore et encore dans la méditation, qu'il ne faut pas laisser les peurs prendre le dessus et que les larmes sont purificatrices, signe d'une vie spirituelle. Ca me parle énormément...

Session de chant dans l'herbe pour une belle connexion à la Nature.

Nouvelle session de méditation sur l'Amour et la Gratitude et nouvelles larmes purificatrices...

Gratitude de folie quand la tisane de fin de journée (seul repas du soir) et remplacer par du chocolat chaud! Observer que de petites choses rendent heureux.

Source chaude. à genoux, les bras ouverts et la tête en arrière dans l'eau pour observer les touches bleu-rose du coucher du soleil.

Premier soir où je ne suis pas fatiguée alors j'observe les étoiles à travers ma moustiquaire




Jour 6

Nuit enfin calme. Réveil avec la cloche

Toujours pleine de gratitude pour cette ambiance mystique avec la brume sur l'eau, la verdure des arbres de l'îlot central, le reflet parfait de la Nature dans l'eau; les couleurs incroyables du ciel et les bruits apaisants de cette Nature.

Méditations matinales décousues puis concentration trouvée avec les yeux mi-clos, le point au bord de mes narines et la respiration longue yogique en 3 temps.

Pas envie de faire la marche méditative aujourd'hui donc reste simplement assise dans un hall reculé du parc

Session questions écrites - réponses : On peut essayer de comprendre sa souffrance seulement quand l'esprit est calme puis comme cette souffrance appartient et vient du passé, il faut la laisser-aller.

Bien qu'il ne soit pas recommandé d'écrire pendant la retraite, je ressens le fort besoin de mettre sur papier ma souffrance en m'isolant.

Session guidée qui s'ouvre sur un anagramme SILENT = LISTEN

Depuis la veille, j'adore le temps de la tisane où on est autorisé à consulter les ouvrages sur la méditation Anapanasati. Agréable de lire une traduction en français de tous les concepts abordés au quotidien. Je réalise à la lecture que je suis bien plus avancée que je ne le pensais dans les différentes étapes d'Anapanasati. Ca me motive à continuer mes entraînements méditatifs.

Meilleure session de méditation ce soir-là : après m'être connectée facilement à toutes les étapes de concentration sur la respiration, je suis passée à l'étape où voyant une pensée arrivée, j'arrivais à la faire disparaître avant même que mon mental ne la capte. Etonnant.



Jour 7

Nuit calme. Réveil avec la cloche

Alors que la veille, je faisais des découvertes méditatives, mon égo a pris le dessus, était dans l'attente de ce nouvel état méditatif. Bien sûr, ça n'a fait que le repousser. Grande frustration que le mental reprenne le dessus... donc attente impatiente que la cloche sonne

Pratique de yoga ciblant le psoas qui me rappelle qu'il y a encore quelque chose à lâcher

Lever de soleil en observant un varan nagé dans l'étang

Difficulté à écouter les enregistrements audio qui tombent trop vite à mon goût dans l'étude du Pali. Intéressant mais difficile à suivre.

Préfère les résumés motivants et pleins d'humour de notre volontaire "Not back to the future but back to the present!"

Session de méditation matinale exceptionnelle et surprenante : j'atteins une grande plénitude : mes pensées cessent ou plutôt je vois arriver la pensée qui n'a pas le temps de se former et disparaît. Je suis connectée pleinement à ma respiration dans mon ventre, dans mon nez. Je suis connectée à la Nature qui m'entoure, aux chants des oiseaux, aux bruissements des feuilles, aux brises sur mon visage. J'ai les yeux mi-clos bien que j'ai l'impression que ceux-ci sont comme attirés, magnétisés vers le ciel, vers mon 3ème oeil. De cette zone, il en émane une source lumineuse, sans forme précise. Un grand sentiment de sérénité, de paix et de bonheur absolu se diffuse instantanément en moi. ça dure un moment qui m'a paru long car toute pensée qui veut se former et très vite éteinte par cette forme lumineuse. c'était vraiment dingue d'atteindre cette étape de l'image mentale.

Pas envie de marcher donc m'isole dans un shala individuel.

Nouvelle méditation matinale où j'expérimente à nouveau les mêmes sensations de contrôle et de sérénité.

Observe les hirondelles qui jouent dans le ciel à la tombée du jour tout en chantant dans la langue de Bouddha.

Nouvelles larmes lors de la méditation sur l'Amour et la Joie qu'il faut répandre autour de soi.

Besoin de m'isoler au pied d'un arbre. Puis croiser une participante qui me souris maternellement en fermant les yeux comme pour signifier que ça va aller. ça m'a fait un bien fou cet échange sans mot.

Méditation du soir décousue avec colère et frustration de ne pas retrouver l'état méditatif du matin.




Jour 8

Nuit calme et reposante avec le corps qui s'habitue vraiment bien au lit sans matelas et oreiller en bois !

Gratitude d'avoir la chance d'observer les étoiles avant et après mon sommeil

Méditation matinale avec larmes.

Me rend compte qu'il m'est souvent difficile de méditer avec le silence de l'aube ou de la nuit car pas encore ou plus de chants d'oiseaux pour calmer mon mental

Pratique de yoga agréable bien qu'en présence d'une autre personne respirant trop fort à mon goût ! Accepter et laisser aller cette colère inutile et futile. Me rappeler que l'égo ne doit pas être sur le tapis. Première fois aussi où je m'autorise à chanter le son OM trois fois, sans lequel ma pratique ne me semble pas complète.

En sortant du shala, croise une soixantaine d'enfants venus pratiquer la méditation au monastère. Me souriant, ils me lancent de nombreux "Hello". J'ai répondu aux premiers puis me suis rappelée mon voeu de silence ! en tout cas, ça m'a rechauffé le coeur de voir tous ces sourires car il faut dire que le visage des participants à la retraite évolue de jour en jour car chacun passe par de nombreuses phases émotionnelles amenant à faire tomber les masques...

Lors du nettoyage du sol, belle surprise offerte par ma camarade qui me fait comprendre avec des signes avoir déjà tout fait. Il semble qu'elle en avait besoin et pour ma part, j'avais besoin de repos. Ce partage sans attendre quelque chose en retour est d'une grande gentillesse et générosité.

Méditation avant le déjeuner très compliquée où j'en viens à avoir une engueulade intérieure avec mon mental qui me gâche vraiment ma méditation! j'en viens à l'insulter et lui rappeler qu'il n'est pas moi ! c'est surréaliste !

Session de contemplation d'une peinture bouddhiste expliquant les schémas cycliques de la vie et la voie du Dharma avec les 8 noble paths (je reviendrais sur ces concepts dans d'autres articles)

Me remets à la marche méditative: un vrai régal car trouve enfin mon rythme de marche lente synchronisée à ma respiration. c'est vraiment très très lent mais si intense et relaxant !

Méditation individuelle pendant laquelle je pleure... suivie de la méditation collective sur l'Amour en lien avec l'acceptation de la mort

Soirée vidéo sur la vie et la mort du moine Buddhadasa où j'apprends que ce moine ayant été déçu par la corruption présente à Bangkok, même dans les institutions bouddhistes, a décidé de revenir sur sa terre natale, d'y faire construire un monastère en 1932, puis un centre international en 1993 pour diffuser les préceptes bouddhistes en toute simplicité.




Jour 9

Sommeil profond. Réveil avec la cloche

Journée particulière aujourd'hui car c'est la journée type d'un moine : complet silence donc sans talks, ni méditation guidée et avec seulement un seul repas, celui de 8h au lieu des deux repas quotidien (matin et midi)....

Méditation matinale beaucoup plus longue car sans talk et dans le silence de la nuit. Corps pas encore réveillé donc difficulté à tenir mais je m'accroche.

Routine de yoga très agréable avec seulement le bruit des poissons en-dessous du shala suspendu.

Après le yoga, me suis arrêtée face à l'îlot pour observer le lever du soleil. Ai pleuré de gratitude d'assister à ce tableau où tous les éléments de la Nature étaient en harmonie : le feu du soleil, la terre de l'îlot, l'eau de l'étang et l'air brumeux. Une magie de l'instant très émouvante.

Nouvelle longue méditation avant le petit-déjeuner. Sans frustration mais avec des hauts et des bas. Décision de me lever et de faire le tour de l'étang pour me libérer.

Puis le moment que j'attendais depuis longtemps s'est produit : alors que tout le monde est parti déjeuner, je suis restée seule face à l'étang et face au petit pont menant à l'îlot central. J'ai médité debout les yeux fixés sur cet îlot en me répétant ces mots très simples "Je me libère. Je me libère. Je me libère." Puis j'ai commencé à marcher sur ce pont. Les larmes de joie ont coulées. Emue par la beauté de cet îlot, de cette Nature, de cet instant présent. En m'y approchant, j'ai pu sentir l'énergie de cet endroit et m'imprégner de toutes ces énergies positives. J'ai ressenti alors le besoin d'exprimer une sorte de prière à voix haute, improvisée et dictée par mon coeur. C'était mon rituel suprême de purification, de libération de la souffrance. Je déculpabilise. Je pardonne. J'envoie de l'Amour. Je m'apaise. Je lâche-prise et je me libère. Puis une fois libérée, j'ai répété de nouveaux mots "Je suis libre. Je suis libre. Je suis libre." Face à ces arbres, à ce soleil matinal, sur cet îlot, je suis libre. C'est LE moment magique et transformateur qui marque à jamais un cap dans ma vie... Me sens légère. Me remet à sourire.

Aime beaucoup la méditation de milieu de matinée car mon corps est réveillé et la Nature aussi. J'ai l'impression de voir apparaître l'image mentale mais tout de suite mon mental me dit "ah la voilà" et alors elle disparaît ! je m'engage à ne plus bouger du tout pendant tout le temps de la méditation même si mon corps me réclame de m'étirer. Pour autant, j'aime beaucoup la liberté qui nous est donnée dans cette retraite : si tu en as marre d'être assis alors lève-toi et médite debout ou marche et reviens quand tu veux, ou étire toi, fais du yoga.

Prends un grand plaisir à faire 2 heures de marche méditative. Cet état méditatif en mouvement est incroyable.

Décide de m'asseoir et de méditer en regardant une mare recouverte de lotus

Déjeuner avec trois tasses de chocolat... ma gourmandise n'a pas résisté ou la peur de manquer et d'avoir faim jusqu'au lendemain matin.

Je continue à alterner marche méditative, contemplation de la Nature, yin yoga, pranayama et méditation.

Puis à nouveau grand besoin d'écrire comme pour acter encore un peu plus ma libération. Je sors de ce moment d'écriture comme purifiée, relaxée et vraiment heureuse.

Ravie de suivre enfin mon propre rythme de marche nocturne sous un ciel toujours si étoilé.




Jour 10

Sommeil décousu car excitation du dernier jour. Réveil avant même que la cloche sonne. Prête pour vivre cette dernière journée !

Talk matinal délivrant des conseils sur comment amener ces enseignements bouddhistes dans nos vies.

Méditation matinale longue, sans interruption. Accède presque à nouveau à l'image mentale, l'entrevois mais elle disparaît. Je comprends qu'inconsciemment je me mets la pression de bien méditer pour le dernier jour et que je me remets à penser au futur car je ne sais pas où on compte aller après cette retraite.

Même chose pour l'autre méditation matinale alors je décide de marcher, de m'étirer et d'écrire.

Dernier talk avec le moine supérieur. Ses mots d'encouragements, sa sagesse et sa présence font beaucoup de bien et me permettent de méditer sereinement.

Dernière session de nettoyage du sol avec ma superbe camarade. On finit par une longue accolade et les mains en prières pour se remercier mutuellement de la présence et gentillesse de l'autre.

Dernier bain chaud sous les palmiers de la jungle, dernière contemplation en sororité.

Dernière soirée dédiée aux partages pour ceux qui souhaitent exprimer leur ressenti. Déroutant d'entendre leurs voix. C'est à la fois très intéressant mais aussi très triste, émouvant, drôle, inspirant, motivant et rassurant. On comprend qu'on passe tous par les mêmes phases et qu'il ne tient qu'à nous de garder cette pratique de méditation dans notre vie.



Jour 11

Sommeil décousu car excitation suprême

Méditation matinale très apaisée et avec le sourire de l'avoir fait, d'avoir été jusqu'au bout

Dernière pratique de yoga pour remercier mon corps, l'aimer

Derniers moments dans ce parc pour remercier cette Nature de m'avoir accueillie chez elle. Prendre conscience que j'ai trouvé ici un lieu de paix dans lequel je peux revenir quand j'en ressentirai le besoin.

Dernier petit déjeuner en silence. Cette cuisine végétarienne va tant me manquer.

Dernière méditation collective et fin du voeu de silence

Retrouvailles officielles avec Alex, échanges avec des camarades dont ma camarade de tâches avec laquelle on échange enfin nos prénoms

Photo collective puis départ pour une nouvelle aventure sur les routes thaïlandaises...




Comme tu peux le constater, je ne suis pas devenue Bouddha en 10 jours ! :)

1 an après, je ne médite pas encore tous les jours mais très régulièrement et beaucoup plus longtemps car j'applique toujours la technique d'Anapanasati.

Mais surtout avec le recul, je peux vraiment affirmer que ces moments forts m'ont vraiment libérés et dès que je sens mes souffrances remontées à la surface, je repense à cet îlot et à mes mots.

Il faut dire que j'étais au bon endroit car Suan Mokkh signifie Jardin de Libération...

Je ne sais pas si j'ai encore des choses à libérer mais en tout cas, j'ai déjà prévu d'y retourner très prochainement pour continuer d'approfondir la méditation.

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